« A l’annonce de mon cancer, je n’ai pas pensé à ma fertilité, cela ne m’a même pas traversé l’esprit »

Angélique a 34 ans et c’est en octobre dernier qu’on lui découvre un cancer du sein. Rare chez les femmes jeunes, il entraine aussi, outre la maladie, d’autres problématiques comme la question de la grossesse. Témoignage.

 

 

« Au départ, en septembre 2016, j’ai simplement senti une petite douleur en bas de l’aisselle, comme une masse mais vraiment minime. Je préparais mon départ pour un séjour au Canada et je me suis simplement dit qu’en rentrant, il fallait que je consulte mon gynécologue.

En octobre, ma gynécologue sent effectivement cette masse, elle est très douloureuse au toucher et elle préfère me faire passer une échographie qui montre une masse. Là, s’en suit une mammographie, qui révèle des microcalcifications, puis forcément une biopsie, pour vérifier et finalement confirmer qu’il s’agissait bien d’une tumeur cancéreuse. J’avais un cancer du sein à 33 ans. Les statistiques d’avoir un cancer du sein à mon âge sont infimes et pourtant ça m’est tombé dessus.

 

Lorsque l’on est jeune, est-ce que le cancer du sein est quelque chose que l’on arrive à envisager ?

 

Quand j’ai senti la masse, jamais je ne me suis dit que cela pouvait être ça, je pensais à un ganglion tout bêtement. Après, à partir du moment où l’on m’a fait la mammographie et que l’on a vu des microcalcifications, ma mère et ma belle-mère ayant déjà eu un cancer du sein, je savais que quelque chose se tramait.

Là, il se passe quelque chose en nous et l’on sait.
Avant je n’y pensais pas. Ma mère a pourtant eu un cancer du sein assez jeune mais jamais je ne me disais qu’à mon âge cela pouvait arriver. Pas du tout, on ne pense pas à ça.

 

Outre les traitements que vous avez vécus au fil des mois (chirurgie, puis chimiothérapie et radiothérapie récemment), il y a d’autres sujets qui ont été évoqués avec votre oncologue ou autre spécialiste, comme la préservation de la fertilité ?

 

Oui, et c’est un sujet auquel je n’avais pas pensé du tout ! Je suis avec mon mari depuis 18 ans (et oui cela existe encore, on s’est connu très jeunes), on parlait d’enfant tout en n’étant pas tellement pressés, on se disait que l’on verrait dans quelques années.

Pour autant, quand on m’a annoncé que j’avais un cancer du sein et jusqu’à ce que je rencontre ma chirurgienne quelques jours après, jamais pendant ce laps de temps je n’ai pensé à ma fertilité : je ne me disais pas que mes traitements pourraient être un frein, cela ne m’a même pas traversé l’esprit.

C’est là que l’on m’a expliqué que la chimiothérapie peut parfois rendre une femme ménopausée (ce n’est pas courant mais cela peut arriver) mais aussi que l’hormonothérapie (que je dois prendre aujourd’hui pour 5 ans) allait aussi repousser le moment d’envisager une grossesse.

 

Qu’est-ce qui se passe à ce moment-là, lorsque le personnel médical vous explique ce que les traitements pourront engendrer ?

 

Là j’ai eu l’impression que mon monde s’effondrait, peut-être pire qu’à l’annonce de mon cancer du sein.  Je suis en consultation pour parler de mon futur traitement et là d’un coup on me parle de mes ovules, je me suis de suite dit « mais qu’on les laisse tranquilles ! »

J’ai eu peur de ne pas pouvoir faire d’enfant et ça a été la douche froide. Et en même temps ça a été le déclic, mon déclic : je savais que j’avais envie de concrétiser ce désir d’enfant et je voulais prendre toutes les précautions possibles.

On m’a donc expliqué à la fois que je ne retrouverais peut-être pas mes cycles ou que cela serait peut-être compliqué d’avoir un enfant naturellement car nous ne pourrons pas essayer de mettre en route un bébé avant mes 40 ans.
On m’a alors proposé de préserver des ovocytes ou des embryons et aujourd’hui ce sont 7 embryons qui nous attendent mon mari et moi.
Ce qu’il faut avoir en tête c’est que le délai fut court pour mettre en place le protocole, j’ai seulement eu un mois avant le démarrage de la chimio, la stimulation hormonale et la ponction d’ovocytes devant être faite avant la chimio pour avoir les meilleures chances. Je ne remercierai jamais assez ma chirurgienne, son infirmière coordinatrice et surtout ma gynéco pour leur accompagnement rapide et efficace.

 

Préserver sa fertilité, se donner les moyens de mener à bien une grossesse, c’est quelque chose qui est essentiel pour vous ?

 

Moralement, psychologiquement, cela m’a complètement rassurée d’avoir accès à ça. Oui, il y a toujours la difficulté de la maladie, le fait que l’on ne puisse pas faire un enfant maintenant, ça c’est présent, mais avec une grosse partie de moi qui est rassurée en me disant que même si les traitements entrainent une ménopause précoce ou que j’ai des difficultés pour avoir un enfant naturellement, au moins on a mis toutes les chances de notre côté.

Aujourd’hui, je souhaite sensibiliser les femmes sur le sujet de la préservation de la fertilité quand on a un cancer du sein car ce n’est pas rien quand on est jeune et que l’on n’a jamais eu d’enfant ou que l’on souhaite en avoir d’autres si l’on est déjà maman.

Il faut en parler autour de soi et donner les moyens à la patiente d’agir en conséquence pour ne pas rater cette opportunité dans le grand chamboulement qu’est le cancer. Il est essentiel que les soignants en parlent dès l’annonce de la maladie et puissent aussi aider la patiente à mettre tout en œuvre pour le faire rapidement, car le délai est très court entre l’annonce et le début de la chimiothérapie pour réaliser cette préservation de la fertilité.

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