Les cancers du sein chez la femme jeune : 3 questions à Delphine Mouttet, chirurgienne sénologue

 

A l'occasion d'Octobre Rose, nous sommes allés à la rencontre de Delphine Mouttet, chirurgienne sénologue sur els cancers du sein touchant les femmes jeunes.

 

Comment sont le plus souvent détectés les cancers du sein chez les femmes jeunes ?

 

Malheureusement, le plus souvent, les cancers du sein chez les femmes jeunes sont découverts après une autopalpation. A part les patientes qui ont des antécédents familiaux pour qui une surveillance mammaire rapprochée est faite (on parle de personnes à haut risque lors d’une suspicion de prédispositions génétiques ou d’une mutation BRCA 1 ou 2 avérée), souvent le cancer est malheureusement détecté tard : c’est au moment où la tumeur devient volumineuse que l’on peut la palper.
(BRCA : Breast Cancer (mutation génétique prédisposant au cancer du sein/ovaire)

Il peut alors s’agir de la patiente elle-même, de son gynécologue ou encore de son conjoint qui va la détecter : c’est pour cela que l’on en arrive souvent à des tumeurs plus évoluées.
Il faut aussi noter qu’il est plus difficile de dépister un cancer du sein chez une femme jeune pour des questions physiologiques, car les seins sont beaucoup plus denses que chez une femme ménopausée et les seins mastosiques (ou ayant des kystes ou des nodules bénins) sont aussi beaucoup plus fréquents. A cause de cela, l’examen clinique et l’imagerie sont plus difficiles à interpréter.

De plus, et c’est là où la situation est complexe, de nombreux médecins négligent encore les nodules chez les femmes jeunes, parce que par prévalence ce sont plus souvent des nodules bénins.
La première prévention c’est donc l’examen mammaire régulier pour toute jeune femme, qu’il s’agisse d’autopalpation (même si cette pratique reste controversée) ou d’un examen clinique effectué par le gynécologue, qui doit être fait à chaque rendez-vous.

Il faut savoir que le cancer chez la femme jeune existe, même avant 30 ans. Cette prise de conscience de tous pourrait permettre d’éviter d’arriver à des situations où les cancers sont très avancés.

 

De quelles façons les traitements vont-ils avoir une influence sur la fertilité des patientes ?

 

Chez les femmes jeunes, la première question à se poser est de savoir où en est leur projet de grossesse, la chimiothérapie pouvant entrainer une baisse de la fertilité. Le projet de grossesse peut ainsi être différé par la mise en route des traitements. On va alors parler systématiquement de la préservation de la fertilité : au Centre Léon Bérard, la consultation d’oncofertilité est ainsi automatiquement proposée.

Concrètement, s’il y a une chimiothérapie qui a lieu avant la chirurgie, les conditions de préservation ne sont pas aussi bonnes qu’on le souhaiterait. Si la chimiothérapie a lieu plus tard et que l’on peut opérer avant, on peut décider de faire une stimulation ovarienne pour préserver la fertilité dans certains cas. Parfois, on peut ainsi être amené à changer les modalités de traitement s’il y a un projet de grossesse.

La première question c’est « pourquoi ça m’arrive, à moi, maintenant ? »
Quel que soit l’âge, le cancer fait peur. Mais plus on est jeune, moins on y pense.
Quand on a un projet de famille, de début de carrière, le cancer du sein ce n’est pas du tout un questionnement, une possibilité. C’est tout simplement quelque chose auquel on ne pense pas.

Est-ce que la mastectomie est plus difficilement vécue par les femmes jeunes ?

 

Non, pas nécessairement.
En pratique courante, les femmes jeunes acceptent la mastectomie plus facilement parce que tout ce qu’elles veulent, c’est survivre. Finalement, elles sont souvent les plus radicales, car les jeunes femmes ou jeunes mamans veulent avoir le moins de risque de récidives locales.
Forcément physiquement c’est difficile, mais il arrive que les femmes jeunes aient plus de facilité à l’accepter ou même spontanément à la demander. Parfois, cela va même plus loin car elles demandent la mastectomie controlatérale (enlever aussi l’autre sein non touché) mais sauf en cas de mutations génétiques, il n’y a aucune préconisation préventive.

Si la situation le permet, on propose une reconstruction mammaire immédiate.
On est vraiment sur du cas par cas.

Les grandes caractéristiques des cancers du sein chez les femmes jeunes

Le cancer du sein chez la femme jeune se rapporte aux cancers touchant les femmes de moins de 35-40 ans
Ce sont des patientes qui n’ont pas accès au dépistage proposé aux femmes de plus de 50 ans, étant donné la faible incidence de ce cancer chez les femmes jeunes mais il faut néanmoins savoir que cela existe et représente moins de 10 % des cas de cancers du sein.
Du fait qu’il n’y ait pas de dépistage on en arrive à des tumeurs qui sont plus évoluées et qui sont souvent plus agressives du fait du jeune âge.

Il y a aussi des particularités de prise en charge telles que la préservation de la fertilité, l’annonce aux enfants (souvent en bas âge), la discussion d’une enquête oncogénétique, la survenue du cancer en cours de grossesse, la contraception ultérieure.

 

Les cancers du sein chez les femmes jeunes en chiffres

 

 

10% des cancers du sein touchent les femmes de moins de 40 ans
2 % des cancers du sein touchent les femmes de moins de 35 ans
Source : derniers chiffres de l’INCa - Santé Publique France


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