PFAS : ces molécules récemment interdites en France étudiées au Centre Léon Bérard

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Un pas important a été fait fin février 2025 avec l’adoption d’une loi visant à interdire la production d’une partie des produits contenant des PFAS en France, l’exposition à certaines de ces molécules chimiques étant associée au développement de plusieurs cancers, tout particulièrement.
Le Centre Léon Bérard travaille notamment sur ce sujet, avec le projet de recherche ASTEROPA.

PFAS : ces molécules récemment interdites en France étudiées au Centre Léon Bérard PFAS : ces molécules récemment interdites en France étudiées au Centre Léon Bérard 2025-02-25T11:11:48+01:00 2025-02-28T11:37:57+01:00 /sites/default/files/2025-02/pfas-projet-recherche-cancer-pfas-asteropa-centre-leon-berard.png

Cette loi votée le 20 février 2025 est une véritable avancée, alors que l’union européenne tarde à mettre en place une loi souhaitée par plusieurs états membres concernant les PFAS. 

Mais lorsque l’on parle de PFAS, de quoi s’agit-il exactement ? 

Quel impact sur la santé et notamment sur les cas de cancers ? 

Comment se prémunir des PFAS ? 

Comment le Centre Léon Bérard étudie-t-il les liens entre PFAS et cancer ? 

 

Pour en savoir plus, nous sommes allés à la rencontre des chercheurs du Centre Léon Bérard pour tout savoir sur les PFAS, leur impact dans la survenue d’un cancer et les moyens de s’en protéger. C’est donc Chloé Moulin et Amina Amadou qui ont pu nous expliquer leur projet de recherche, ASTEROPA, justement dédié à analyser les liens entre exposition aux PFAS et survenue de cancers .

Mais lorsque l’on parle de PFAS, de quoi s’agit-il exactement ?

Les PFAS, appelés également substances perfluoroalkylées ou polyfluoroalkylées sont des molécules chimiques, créées par l'homme et utilisées depuis les années 50 pour leurs propriétés nombreuses. Elles sont notamment antiadhésives, imperméabilisantes, résistantes à de fortes chaleurs… 

Les PFAS sont si nombreux qu’il est même difficile de les dénombrer et les chiffres varient entre 4000 et 12 000 PFAS existants ! 

Leur particularité commune est leur extrême persistance dans l’environnement, ce qui leur vaut le surnom de « polluants éternels ». Ils se dégradent très peu et sont aujourd’hui présents dans l’eau, les sols, mais également dans le sang d’une grande partie de la population française. 

Concernant les principales sources d’exposition ou de pollution aux PFAS et du fait de l’utilisation très variés de ces substances ainsi que leur persistance, tout le monde est concerné, à des degrés qui varient. 

Ces PFAS sont ainsi utilisés dans des produits de consommation courante, comme des composants d’emballage (papier et carton), des isolants pour des fils électriques, certains produits ménagers ou des imperméabilisants pour textiles, des ustensiles de cuisson, des cires pour les sols… 

Leur dégradation étant lente, ils se retrouvent ensuite dans notre environnement : eau, air, sol et cela, pour plusieurs années.

Quel impact sur la santé et notamment sur les cas de cancers ?

Malheureusement, certains PFAS ont été réévalués en novembre 2023 par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer, situé à Lyon), ainsi les PFOA ont été classée comme “cancérogène certain pour l’humain” et les PFOS “peut-être cancérogène pour l’humain” .

Parmi les cancers qui semblent avoir le plus de liens avec l’exposition aux PFAS, nous pouvons citer les cancers du sein, des testicules, du foie, du rein, et de la thyroïde. 

« Avec l’étude ASTEROPA 1 & 2 que nous menons, nous voulons justement montrer le lien entre PFAS et cancer des testicules mais également cancer du rein » nous explique Amina Amadou, qui porte cette étude avec d’autres chercheurs

En effet, il est important de démontrer scientifiquement les liens entre les PFAS et les cancers, mais aussi d’évaluer les niveaux d’exposition nécessaires ainsi que le type et les combinaisons de PFAS pouvant augmenter le risque de développement de cancers 

Outre le cancer, il est important de noter également que les PFAS peuvent avoir des impacts sur la santé. On soupçonne alors en partie l’altération de la fertilité, les taux élevés de cholestérol, les maladies thyroïdiennes, la diminution de la réponse immunitaire aux vaccins ou encore le poids réduit des enfants à la naissance.

Comment le Centre Léon Bérard étudie-t-il les liens entre cancer et PFAS ?

Pour étudier les PFAS et leur lien avec les cancers, plusieurs chercheurs du Centre Léon Bérard travaillent au sein de l’étude ASTEROPA, qui possède 3 grands volets de recherche. 

D’abord un volet épidémiologique, concernant tout particulièrement le cancer des testicules et le cancer du rein, qui est l’un des cancers pour lequel un effet étiologique des PFAS a été suspecté, mais sur lequel peu d’études ont été menées. 

« Ici, nous explique Amina, nous allons faire le dosage de 25 PFAS dans le sang de 690 individus et nous allons regarder à la fois l’impact individuel de chaque PFAS et les PFAS combinés. Nous étudions ce cancer chez des hommes jeunes de 18 à 45 ans, notamment car c’est un cancer qui n’est pas très fréquent mais qui reste le premier cancer du jeune adulte et dont on connait très peu les facteurs de risque. ». 

Et pour le cancer du rein ? 

« Là, nous allons étudier le lien entre PFAS présents dans l’alimentation et risque de cancer du rein. Nous utiliserons cette fois une cohorte de femmes, la cohorte E3N-Générations (98 995 femmes françaises âgées de 40 à 65 au recrutement), qui sont suivies de manière globale depuis les années 90 et qui ont des questionnaires fréquents sur leurs vies et leurs habitudes. On va s’intéresser plus particulièrement à leurs habitudes alimentaires et en tirer des conclusions."

Mais ce n’est pas tout ! Au travers de cette étude, l’équipe du Centre Léon Bérard va également faire une méta-analyse, c’est-à-dire prendre des études déjà publiées concernant les PFAS et cancers pour avoir une analyse globale sur une population bien plus importante et ainsi confirmer ou rapporter de nouveaux éléments à une échelle beaucoup plus importante. « Pour cela, nous utilisons des méthodes statistiques spécifiques, comme la méta-analyse bayésienne » rajoute Amina. 

ASTEROPA, c’est également un volet environnemental, pour modéliser les PFAS dans l’air, ce qui est une grande première. La modélisation atmosphérique des PFAS sera réalisée à l'aide du modèle SIRANE, spécifiquement conçu pour simuler le transport de polluants dans l'atmosphère urbaine. Ce volet permettra ainsi de mieux comprendre la propagation des PFAS dans l’air et leur localisation sur le territoire de la métropole de Lyon. 

« Et nous avons aussi un volet participatif avec des citoyens du Rhône, rajoute Chloé. Des riverains de zones contaminés (autour de Pierre-Bénite) nous accompagnent pour avoir des remontées de terrain, comprendre les véritables préoccupations des citoyens mais également construire des outils de communication pour tous, y compris les professionnels de santé qui ne sont pas toujours bien informés. » 

L’objectif de notre établissement au travers de cette étude ? Mieux comprendre l’impact des PFAS sur certains cancers et apporter des solutions aux citoyens.

Une nouvelle loi protectrice pour les citoyens français face au PFAS

Avec cette loi contre les PFAS, la France va non seulement plus loin que la règlementation européenne actuelle mais dépasse également les dispositions futures en cours de négociations. 

Que propose alors concrètement cette loi, adoptée par 231 députés sur 282 ? 

3 mesures phares :

  • Limiter la pollution aux PFAS à la source, c’est-à-dire interdire la production de certains produits contenant des PFAS et pour lesquels des solutions existent déjà (cosmétiques, farts de ski, vêtements et chaussures) dès le 1er janvier 2026. Pour autant, des produits contenant des PFAS continueront d’être produits en France.
     
  • Inclure l’analyse des PFAS dans le contrôle de l’eau potable. Avant l’adoption de cette loi, seuls 20 PFAS (sur les milliers existants) étaient recherchés selon des dispositions de la loi européenne. Aujourd’hui, l’ensemble des teneurs en PFAS devront être suivies dans l’eau potable mais également publiées dans une carte pour que chaque citoyen puisse connaitre les sites ayant pu émettre ou émettant des PFAS dans l’environnement.
     
  • Une amende pour les sites pollueurs. Qu’il s’agisse d’usines ou de lieux de stockage de déchets, les entreprises devront maintenant s’acquitter d’une amende. 

 

La France fait alors figure de proue, alors que les restrictions globales, à l’échelle de l’UE, n’aboutirons que d’ici plusieurs années d’après le rapporteur de la loi, Nicolas Thierry.

Comment se prémunir des PFAS ?

L’exposition aux PFAS est de 2 ordres pour les consommateurs : 

  1. Par l’utilisation de certains produits de consommation (emballages alimentaires, textiles, ustensiles de cuisine, produits d’entretien) et par l’alimentation et l’eau potable. 
  2. Par l’environnement à proximité de lieux industriels ou de retraitement (lieux de stockage de déchets, usines de fabrication de produits contenants des PFAS, lieux de stockage industriels) qui touchent malheureusement tous les français. 

Alimentation, eau potable… nous sommes ainsi tous concernés. 

Selon Chloé Moulin du département Cancer Environnement que nous avons interviewé « des recherches sont faites pour trouver les meilleures techniques de traitement de l’eau par exemple mais il faut garder en tête que cette préoccupation est récente et que de nouvelles méthodes et de nouvelles techniques restent à tester ». Des traitements par filtre à charbon ou d’osmose inversée existent déjà et sont utilisés dans certaines écoles du Rhône. 

Des concentrations anormales de PFAS ont également été retrouvés dans des œufs autour de Pierre-Bénite « ce qui témoignent de la contamination des sols et de l’eau, de leur assimilation par l’organisme de la poule et de la transmission à l’œuf » rajoute Chloé. 

Mais attention : il ne suffit pas de déménager ou de ne plus consommer de produits manufacturés contenant des PFAS pour espérer se prémunir de l’ensemble de ces molécules. « Même s’il existe en France des lieux géographiques particulièrement touchés (à proximité d’usines de produits chimiques ou de lieux de retraitement des déchets), tous les français sont touchés plus ou moins » termine Chloé Moulin.